Comment récupérer un bien saisi : la requête en restitution, étape par étape

La garde à vue est terminée, l’affaire est classée ou jugée, et pourtant votre téléphone, votre argent liquide, votre ordinateur ou votre véhicule sont toujours « sous scellés ». Personne ne vous les rend spontanément. Pire : si vous ne réagissez pas, ils peuvent devenir purement et simplement la propriété de l’État au bout de quelques mois. La restitution d’un bien placé sous main de justice n’est jamais automatique — elle se demande, au bon interlocuteur, dans le bon délai, et avec les bons arguments.

Le mécanisme paraît simple. Il ne l’est pas : la juridiction compétente change selon le stade de la procédure, les motifs de refus sont plus nombreux qu’on ne le croit, et le délai qui fait perdre la propriété du bien court parfois sans que vous en soyez averti. Voici comment récupérer ce qui vous appartient.

Saisie, scellé, confiscation : ne pas confondre

Un bien « sous scellés » a été saisi, c’est-à-dire placé provisoirement sous main de justice le temps de la procédure. La saisie est temporaire : elle n’emporte aucun transfert de propriété. La confiscation, elle, est définitive — c’est une peine, prononcée par un tribunal, qui vous prive du bien pour toujours.

Entre les deux, il y a la restitution : la démarche par laquelle le propriétaire récupère un bien saisi qui n’a pas été (ou pas encore) confisqué. Tant qu’aucune confiscation définitive n’est intervenue, la partie n’est pas jouée. C’est cette fenêtre qu’il faut savoir exploiter.

Saisie pénale ou confiscation pénale : quelle différence ?

À qui demander la restitution ? Tout dépend du stade de la procédure

L’interlocuteur compétent change selon le moment où vous agissez. Pendant une information judiciaire, c’est le juge d’instruction qui statue sur la restitution, par ordonnance motivée (art. 99 du code de procédure pénale). Au cours de l’enquête, ou après un classement sans suite, ou encore lorsque la juridiction saisie a épuisé sa compétence sans se prononcer sur les biens, c’est le procureur de la République (art. 41-4). Et lorsque le tribunal est saisi de la poursuite, la demande peut lui être présentée directement, avant tout jugement au fond (art. 481).

Se tromper d’interlocuteur fait perdre du temps, et parfois le délai utile. La première question à trancher n’est donc pas « comment demander », mais « où en est la procédure » : enquête, instruction, poursuite devant le tribunal, ou affaire définitivement jugée. De cette réponse dépend tout le reste.

Comment formuler la demande

La restitution peut se demander au moyen du formulaire dédié, mais s’en tenir au formulaire est rarement la meilleure stratégie. Une requête motivée, qui établit clairement que la propriété du bien n’est pas sérieusement contestable et qui écarte par avance les motifs de refus prévisibles, met le magistrat en situation de dire oui. C’est particulièrement vrai lorsque l’origine des fonds ou du bien peut prêter à discussion.

Le réflexe utile, que peu de gens ont : joindre d’emblée les preuves de propriété et de provenance licite — facture, contrat, relevés, justificatifs fiscaux. Le magistrat qui traite des centaines de dossiers ne partira pas en quête de ces pièces à votre place ; un dossier qui les contient déjà a bien plus de chances d’aboutir sans détour.

Le délai à ne pas manquer : six mois, sinon l’État devient propriétaire

C’est le piège le plus coûteux. Si la restitution n’a pas été demandée ni décidée dans un délai de six mois à compter de la décision de classement ou de la décision par laquelle la dernière juridiction saisie a épuisé sa compétence, les biens non restitués deviennent propriété de l’État, sous réserve des droits des tiers (art. 41-4). Le même sort frappe le propriétaire qui, une fois la restitution accordée, ne vient pas retirer son bien dans le mois suivant une mise en demeure.

Une nuance protège toutefois le propriétaire : ce délai ne peut pas courir tant que l’intéressé n’a pas été effectivement informé de la décision qui le fait courir. La Cour de cassation a jugé qu’une simple extraction du fichier de traitement des procédures ne suffit pas à établir l’envoi et la date de l’avis de classement (Cass. crim., 21 juin 2016, n° 15-83.175). Sans preuve que vous avez été avisé, le délai ne vous est pas opposable.

Et même passé ce délai, tout n’est pas perdu. La décision refusant la restitution au motif que le bien serait devenu propriété de l’État reste susceptible de recours : le juge ne fait que constater un effet de la loi, et cette appréciation se conteste (Cass. crim., 25 avr. 2017, n° 16-83.154). La porte que l’on croyait fermée ne l’est pas toujours.

Les motifs de refus, et comment les combattre

Hors des cas prévus par la loi, la restitution d’un bien dont la propriété n’est pas sérieusement contestée doit être ordonnée. Les motifs de refus sont donc d’interprétation stricte, et les connaître, c’est déjà savoir où porter la contestation. Trois motifs valent à tous les stades : la restitution créerait un danger pour les personnes ou les biens ; le bien est l’instrument ou le produit direct ou indirect de l’infraction ; une disposition particulière prévoit sa destruction. Pendant l’instruction et devant le tribunal s’ajoutent deux motifs : la restitution ferait obstacle à la manifestation de la vérité ou à la sauvegarde des droits des parties, et le bien est susceptible de confiscation (art. 99 et 481). La Cour de cassation a d’ailleurs aligné le régime de l’enquête sur ces derniers, permettant au parquet de refuser la restitution lorsque la confiscation est prévue ou que la vérité l’exige (Cass. crim., 6 nov. 2019, n° 18-86.921).

Contre un refus, l’arme la plus efficace est souvent le contrôle de proportionnalité. Sauf lorsque le bien constitue, dans sa totalité, l’objet ou le produit de l’infraction, le juge qui refuse la restitution doit apprécier le caractère proportionné de l’atteinte au droit de propriété, au regard de la situation personnelle de l’intéressé et de la gravité concrète des faits (Cass. crim., 18 mars 2020, n° 19-82.978). Mais attention à un point décisif : cette garantie ne joue, hors saisie de patrimoine, que si elle est expressément invoquée. Dans l’affaire même où ce principe a été posé, le demandeur a été débouté faute d’avoir soulevé la disproportion. Ne pas l’invoquer, c’est y renoncer.

Cette arme a toutefois une limite qu’il faut connaître pour ne pas la manier à vide : lorsque le bien saisi est en totalité le produit de l’infraction, le refus de restitution est une simple faculté du juge, qui n’a pas à être spécialement motivée, et le grief de disproportion devient inopérant (Cass. crim., 28 juin 2023, n° 21-87.417). Sur ce terrain, la vraie bataille se déplace vers la qualification : le bien est-il réellement, et pour sa totalité, le produit de l’infraction ?

Contester un refus : le recours devant le premier président de la cour d’appel

Une décision de refus n’est pas le dernier mot. Le refus opposé par le procureur peut être déféré au premier président de la cour d’appel, ou au conseiller qu’il désigne, dans le délai d’un mois suivant la notification, et ce recours est suspensif (art. 41-4). L’ordonnance de refus du juge d’instruction se conteste elle aussi devant le premier président, dans un délai plus bref de dix jours, également suspensif (art. 99). Ce transfert vers le premier président, récent, a modifié les habitudes : ce n’est plus la chambre de l’instruction qui tranche ce contentieux.

Le recours est recevable quel que soit le motif du refus, y compris lorsque le parquet oppose que le bien serait devenu propriété de l’État par l’écoulement du délai de six mois. La forclusion prétendue ne ferme pas l’accès au juge ; elle se discute devant lui.

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Le tiers propriétaire et le bien détenu via une société

La restitution n’est pas réservée à la personne poursuivie. Le tiers dont le bien a été saisi ou confisqué peut la réclamer, et il conserve ce droit même après une confiscation devenue définitive : l’autorité de la chose jugée d’une confiscation prononcée sans qu’il ait été mis en mesure de se défendre ne lui est pas opposable. Sa bonne foi, qui se présume, s’apprécie à la date à laquelle il a acquis ses droits sur le bien, et non au jour de sa demande.

Un piège de qualité pour agir mérite d’être signalé, car il fait échouer des recours par ailleurs fondés. Les associés d’une société civile immobilière, seule propriétaire de l’immeuble saisi, n’ont pas qualité pour demander eux-mêmes la restitution : c’est la société qui doit agir (Cass. crim., 20 mars 2019, n° 18-82.198). La bonne demande portée par la mauvaise personne est irrecevable.

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Quand la restitution du bien lui-même est impossible

Il arrive que le bien ne puisse plus être rendu en nature. Lorsqu’il a été remis à l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués et vendu avant le jugement — souvent pour éviter une dépréciation —, la restitution ne porte plus sur le bien mais sur le produit de sa vente, c’est-à-dire sa contre-valeur consignée. Le propriétaire restitué ne récupère alors qu’une somme, non l’objet.

Lorsque le bien a été détruit, dégradé ou perdu par la faute du service de la justice, une autre voie s’ouvre : l’action en responsabilité de l’État pour fonctionnement défectueux du service public de la justice, qui suppose une faute lourde (art. L. 141-1 du code de l’organisation judiciaire). C’est le trou de souris à ne pas négliger quand la restitution en nature est devenue impossible : à défaut de récupérer la chose, on peut en obtenir la valeur.

Questions fréquentes

Combien de temps la police ou la justice peut-elle garder un bien saisi ?

Il n’existe pas de durée maximale fixe : un bien peut rester sous main de justice tant que la procédure l’exige, parfois plusieurs années. Mais une limite protège le propriétaire : après un classement ou l’épuisement de la compétence de la dernière juridiction, une restitution doit être demandée dans les six mois, faute de quoi le bien devient propriété de l’État. Mieux vaut donc agir sans attendre.

Que faire si le tribunal n’a rien dit sur mes biens saisis ?

Lorsqu’une juridiction a jugé l’affaire sans statuer sur la restitution, elle a épuisé sa compétence : la demande se présente alors au procureur de la République sur le fondement de l’article 41-4. Il faut agir dans les six mois de cette décision, en établissant que la propriété du bien n’est pas sérieusement contestée et qu’aucun motif de refus n’y fait obstacle.

Peut-on récupérer ses biens après une relaxe, un non-lieu ou un classement sans suite ?

Oui. L’issue favorable de la procédure ne vaut pas restitution automatique : il faut la demander. Un bien qui n’est ni dangereux, ni destiné à la destruction, ni l’instrument ou le produit de l’infraction, doit en principe être restitué à son propriétaire. Un refus opposé malgré cela se conteste devant le premier président de la cour d’appel.

Ce que la règle générale ne dit pas

La restitution se gagne sur des points concrets : la preuve que vous avez, ou non, été informé du point de départ du délai ; la qualification exacte du bien comme produit de l’infraction ; le fait d’avoir invoqué, au bon moment, la disproportion de l’atteinte à votre propriété ; le choix du bon interlocuteur selon le stade. Chacun de ces éléments peut faire basculer la décision — à condition d’être identifié à temps.

Valentin Simonnet est avocat au Barreau de Paris. Il intervient en contentieux des affaires et en droit pénal des affaires.

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