Mon avocat refuse de me rendre mon dossier, que faire ?

Vous avez dessaisi votre avocat — ou l’affaire est terminée — et il refuse de vous restituer votre dossier. Pire : il conditionne la remise des pièces au paiement de ses honoraires. Vous êtes bloqué, vous ne pouvez pas transmettre le dossier à votre nouvel avocat, et les délais de procédure courent. Cette situation, malheureusement fréquente, a une solution claire : l’avocat n’a aucun droit de rétention sur votre dossier, même si vous lui devez des honoraires. Voici les étapes concrètes pour récupérer vos pièces — et les pièges à éviter en cours de route.

La règle de base : restitution immédiate, sans condition

Deux textes, articulés entre eux, posent l’interdiction.

L’article 14 du décret n° 2023-552 du 30 juin 2023 portant code de déontologie des avocats : « Lorsque l’affaire est terminée ou qu’il en est déchargé, l’avocat restitue sans délai les pièces dont il est dépositaire. Les contestations concernant la restitution des pièces sont réglées suivant la procédure prévue en matière de montant et de recouvrement des honoraires. » Ce texte reprend mot pour mot l’ancien article 14 du décret n° 2005-790 du 12 juillet 2005, désormais abrogé.

L’article 9.2 du Règlement Intérieur National (RIN) — qui demeure en vigueur, distinct du code de déontologie — est plus explicite encore : « L’avocat dessaisi, ne disposant d’aucun droit de rétention, doit transmettre sans délai tous les éléments nécessaires à l’entière connaissance du dossier. »

L’article 19 du décret n° 2023-552 complète le dispositif du côté du bâtonnier : « Les difficultés relatives à la rémunération de l’avocat initialement saisi ou à la restitution par ce dernier des pièces du dossier sont soumises au bâtonnier. »

La règle est triplement verrouillée. Il n’existe aucune exception textuelle. L’avocat qui conditionne la remise du dossier au règlement de ses honoraires viole frontalement ces dispositions.

La jurisprudence est constante. La Cour de cassation a approuvé le blâme infligé à l’avocat qui s’était opposé de manière délibérée à la restitution malgré l’injonction du bâtonnier (Cass. civ. 1re, 22 sept. 2011, n° 10-21.378), puis jugé que même la subordination implicite, dans la correspondance, de la remise des pièces au paiement des honoraires constitue une faute déontologique au sens de l’article 9.2 du RIN (Cass. civ. 1re, 5 juill. 2017, n° 16-21.768).

Ce que votre dossier doit contenir : le périmètre exact

Beaucoup de clients récupèrent un dossier incomplet sans le savoir. Le périmètre exact dépend de votre situation.

Si vous récupérez le dossier directement, sans nouvel avocat

Sur le fondement de l’article 14 du décret n° 2023-552, l’avocat doit vous restituer les pièces dont il est dépositaire en votre nom :

  • Les pièces de procédure (assignations, conclusions, ordonnances, jugements)
  • Les documents que vous lui avez personnellement remis
  • Les pièces communiquées par la partie adverse
  • Les consultations, études et recherches jurisprudentielles, dans la mesure où elles ont donné lieu à facturation
  • Les lettres officielles entrées dans le débat judiciaire
  • Le solde de son sous-compte CARPA ouvert à votre nom

Ce qu’il peut conserver : la correspondance confidentielle échangée entre votre ancien avocat et l’avocat adverse appartient à l’avocat, non au client, sauf les éléments indispensables à la compréhension du dossier. Les minutes des décisions (l’exemplaire conservé par la juridiction) et les copies exécutoires ne sont pas restituables si l’avocat ne vous les avait pas confiées à titre de dépôt — en revanche, si votre avocat détenait la copie exécutoire en votre nom, il doit vous la restituer (CA Versailles, 15 juill. 2016, n° 15/08931). Dans le doute, demandez-la directement au greffe (voir FAQ).

Si vous désignez un nouvel avocat — la transmission confraternelle

Lorsque vous changez d’avocat en cours de procédure, c’est l’article 9.2 du RIN qui gouverne la transmission entre confrères. Le contenu est globalement identique à celui de la restitution directe au client, mais avec une précision supplémentaire sur les originaux. Le conseil de discipline de l’Ordre de Paris a précisé que la transmission doit comprendre (Comm. déont. Paris, avis n° 346034, 22 sept. 2021 ; AD n° 383951, 26 mars 2024) :

  • Les pièces de procédure et les documents remis par le client
  • Les pièces communiquées par la partie adverse
  • Les consultations, études et jurisprudences dans la mesure où elles ont donné lieu à facturation
  • Les lettres qualifiées d’officielles entrées dans le débat judiciaire
  • Le solde du sous-compte CARPA du client
  • Les originaux des pièces — qui sont propriété du client, non de l’avocat (avis n° 346087, 23 sept. 2021)

N’ont pas à être transmis : la cote « correspondance » et les échanges entre avocats, sauf ceux indispensables à la compréhension du dossier (avis n° 346034, 22 sept. 2021) ; les arrêts et articles de doctrine cités dans les écritures avec suffisamment de précision pour les retrouver (avis n° 343039, 4 juin 2021).

La clause d’une convention d’honoraires stipulant que l’avocat ne conserve que des pièces sous format électronique est sans effet : l’entier dossier doit être restitué sous quelle que forme qu’il existe (AD n° 383951, 26 mars 2024).

Le point contre-intuitif : si un successeur a été désigné et réclame le dossier, l’avocat dessaisi ne peut pas remettre le dossier directement au client à la place. Le conseil de discipline a jugé qu’est contraire à la probité et au tact le fait de remettre le dossier directement à l’ancienne cliente plutôt qu’au confrère successeur qui le réclame (AD n° 21.2107, 19 déc. 2001). La transmission doit aller au successeur.

La mise à disposition au cabinet ne suffit pas : l’avocat dessaisi ne satisfait pas à son obligation en déclarant le dossier « à disposition » au cabinet. L’article 9.2 du RIN lui impose de faire parvenir le dossier au successeur — pas de le tenir passivement à disposition. C’est à lui d’assurer le bon acheminement, y compris pour les dossiers volumineux, quitte à facturer les frais dans les conditions rappelées en FAQ.

Les obligations du successeur vis-à-vis du prédécesseur : avant toute diligence, le nouvel avocat doit s’enquérir des sommes pouvant rester dues au prédécesseur (art. 9.1 RIN), et s’efforcer — obligation de moyens, non de résultat — d’obtenir que vous régularisiez la situation (art. 9.3 RIN / art. 19 décret n° 2023-552). Cette obligation doit être effective et ne peut se cantonner à de simples rappels oraux (avis n° 322096, 18 nov. 2020). Dans les cas de solvabilité incertaine, la consignation du montant litigieux sur un compte bâtonnier séquestre est recommandée sans être obligatoire. La question de l’obligation ducroire — responsabilité personnelle de l’avocat pour les honoraires du confrère qu’il a sollicité — peut se poser dans des configurations connexes, notamment lorsque le successeur mandate à son tour un avocat postulant.

Si vous avez bénéficié de l’aide juridictionnelle, des règles spécifiques s’appliquent à la reprise par le successeur — elles sont détaillées dans la FAQ ci-dessous.

Le bordereau de pièces — dans tous les cas

Lorsque vous récupérez votre dossier, exigez un bordereau en double exemplaire détaillant chaque document restitué. L’un des exemplaires vous revient signé par l’avocat, l’autre — signé par vous — lui sert de décharge. C’est la seule manière de prouver, en cas de contestation ultérieure, qu’une pièce manquait au moment de la remise.

Les étapes concrètes pour récupérer votre dossier

Étape 1 : le dialogue amiable

Avant toute procédure, un échange direct avec votre avocat reste la voie la plus rapide. Un appel ou un email rappelant courtoisement vos droits peut suffire à débloquer la situation. Vous pouvez aussi mandater un tiers pour récupérer physiquement le dossier : remettez-lui une procuration écrite précisant son identité et l’objet du mandat — l’avocat ne peut pas exiger votre présence personnelle.

Étape 2 : la mise en demeure par lettre recommandée

Si le dialogue échoue, formalisez votre demande. L’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception n’est pas juridiquement obligatoire, mais matérialise la date de votre demande et la mauvaise foi éventuelle de l’avocat.


Modèle de mise en demeure de restitution de dossier

[Vos coordonnées]

[Coordonnées de l’avocat]

[Ville], le [Date]

Objet : Mise en demeure de restitution de mon dossier — Lettre recommandée avec accusé de réception

Maître,

Je fais suite à ma demande de restitution de mon dossier relatif à [préciser la nature de l’affaire ou le numéro de dossier], dont je vous ai déchargé(e) par [courrier/email] du [date].

En dépit de cette demande, vous n’avez pas procédé à la restitution des pièces dont vous êtes dépositaire.

Je vous rappelle que l’article 14 du décret n° 2023-552 du 30 juin 2023 portant code de déontologie des avocats dispose que l’avocat restitue sans délai les pièces dont il est dépositaire lorsque l’affaire est terminée ou qu’il en est déchargé, et que l’article 9.2 du Règlement Intérieur National précise que l’avocat dessaisi ne dispose d’aucun droit de rétention.

Par conséquent, je vous mets en demeure de me restituer l’intégralité de mon dossier dans un délai de huit jours à compter de la réception de la présente, à l’adresse suivante : [votre adresse].

Ce dossier devra comprendre l’ensemble des pièces de procédure, les documents que je vous ai remis, les pièces communiquées par la partie adverse, ainsi que tout élément nécessaire à la poursuite de la défense de mes intérêts, accompagné d’un bordereau détaillé des pièces restituées en double exemplaire.

À défaut de restitution dans le délai imparti, je me verrai contraint(e) de saisir le bâtonnier de votre Ordre sur le fondement des articles 174 et suivants du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 et de l’article 19 alinéa 4 du décret n° 2023-552 du 30 juin 2023.

Je vous prie d’agréer, Maître, l’expression de mes salutations distinguées.

[Signature]


Étape 3 : la saisine du bâtonnier

Si la mise en demeure reste sans effet, le bâtonnier de l’Ordre dont dépend votre avocat est compétent pour trancher le litige. Cette voie est gratuite et ne nécessite pas d’être assisté par un avocat.

La saisine se fait par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise contre récépissé. Vous devez exposer clairement les faits, indiquer les coordonnées complètes de l’avocat, préciser le ou les dossiers en cause, leur nature et état procédural, et joindre copies (jamais les originaux) des pièces justificatives.

Avocat inscrit au Barreau de Paris : À l’attention du bâtonnier Ordre des avocats de Paris — Direction de la Déontologie 4, Boulevard du Palais — CS 80420 — 75053 Paris Cedex 01 Email : delegationgenerale@avocatparis.org

Avocat inscrit dans un autre barreau : coordonnées disponibles sur cnb.avocat.fr.

La procédure devant le bâtonnier

Les contestations relatives à la restitution des pièces suivent la même procédure que le contentieux des honoraires, prévue aux articles 174 et suivants du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 (Cass. civ. 2e, 9 oct. 2008, n° 07-12.174 ; TGI Paris, 6e ch., 11 mars 1981 ; CA Paris, 1re ch. A, 15 févr. 1983). Cette procédure spéciale s’applique aux litiges entre l’avocat et son client. En revanche, lorsque la contestation sur la restitution des pièces oppose le prédécesseur et son confrère successeur, c’est la procédure de droit commun qui s’applique — avec les conséquences sur le juge compétent décrites ci-dessous.

Le bâtonnier accuse réception et informe les parties qu’il devra statuer dans un délai de quatre mois, prorogeable de quatre mois supplémentaires par décision motivée (art. 175 décret du 27 nov. 1991, mod. décret n° 2022-245 du 25 févr. 2022). Il recueille les observations de l’avocat (principe du contradictoire).

Ne pas confondre cette procédure avec la procédure disciplinaire instituée par le décret n° 2022-965 du 30 juin 2022 (art. 186-3 décret du 27 nov. 1991), dans le cadre de laquelle le bâtonnier peut organiser une conciliation dans un délai de trois mois. Les deux voies sont distinctes et peuvent être menées en parallèle : l’une vise à obtenir la restitution, l’autre à sanctionner l’avocat.

Attention : le bâtonnier ne dispose pas d’un pouvoir de contrainte général. Votre saisine doit apporter des précisions suffisantes sur le ou les dossiers concernés, leur nature, leur état procédural et les pièces en litige (CA Toulouse, 29 août 2002, n° 01/01194).

Option : le médiateur de la consommation. Si le refus de restitution est lié à un litige sur les honoraires, vous pouvez — avant ou à la place de la saisine du bâtonnier — saisir gratuitement le médiateur national de la consommation de la profession d’avocat. Son champ est strictement limité aux litiges d’honoraires (il ne peut pas directement ordonner la restitution), mais il peut faciliter un accord global incluant la remise du dossier si les parties y consentent. Conditions : avoir préalablement réclamé par écrit à votre avocat, saisir le médiateur dans le délai d’un an à compter de cette réclamation, et ne pas avoir déjà saisi le bâtonnier. La saisine suspend le délai de prescription (art. 2238 C. civ.). Contact : mediateur-conso@mediateur-consommation-avocat.fr — 180 boulevard Haussmann, 75008 Paris — formulaire en ligne sur mediateur-consommation-avocat.fr. Si votre priorité est d’obtenir vite les pièces, saisissez directement le bâtonnier.

L’appel et le recours en cas de silence

Vous disposez d’un mois à compter de la notification de la décision pour former un recours. Si le bâtonnier n’a pas statué dans le délai de quatre mois, vous disposez également d’un mois suivant l’expiration de ce délai pour saisir la juridiction compétente.

Dans les deux cas, la juridiction compétente dépend de la nature du litige. Lorsque la contestation vous oppose directement à votre ancien avocat (litige client-avocat), le recours est porté devant le premier président de la cour d’appel (art. 176 décret du 27 nov. 1991). En revanche, si la contestation oppose le prédécesseur à son confrère successeur — litige entre avocats — c’est la cour d’appel qui est compétente, et non le seul premier président (Cass. civ. 2e, 10 juin 2010, n° 08-21.561). Une saisine du mauvais juge vous exposerait à une irrecevabilité.

Situations particulières

Le dossier pénal

Une question récurrente sur les forums : l’avocat refuse de restituer les pièces au motif que « le dossier contient la procédure pénale ». Cette position est partiellement inexacte mais soulève une vraie difficulté.

Il faut distinguer deux choses. D’un côté, le dossier constitué par l’avocat — ses conclusions, notes, consultations, pièces que vous lui avez remises — lui appartient en dépôt et doit vous être restitué sans condition. De l’autre, les pièces de la procédure pénale elle-même (procès-verbaux, réquisitoires, pièces d’instruction) ont un régime propre : l’article 2 bis du RIN dispose expressément que « L’avocat […] ne peut transmettre de copies de pièces ou actes du dossier de la procédure à son client ou à des tiers que dans les conditions prévues à l’article 114 du code de procédure pénale. »

En matière d’instruction, l’article 114 CPP permet la délivrance de copies au client, à condition que celui-ci ait préalablement attesté par écrit avoir pris connaissance des règles de diffusion — les pièces ne peuvent pas être communiquées à des tiers. Au stade du jugement, l’article R.155 CPP autorise la délivrance de l’ensemble des pièces aux parties sans autorisation préalable du parquet. Les modalités pratiques d’obtention d’une copie du dossier pénal selon le stade de la procédure sont détaillées dans cet article dédié.

La conséquence pratique : si vous désignez un nouvel avocat pénal, celui-ci accède directement au dossier pénal au greffe. L’obligation de restitution par l’avocat précédent porte sur ses propres pièces de travail, pas sur les pièces de procédure dont la remise directe au client lui est techniquement interdite.

L’avocat décédé, radié ou cabinet fermé

En cas de décès ou de radiation : l’article 49 du décret n° 2023-552 prévoit que le bâtonnier désigne un ou plusieurs administrateurs provisoires qui remplacent l’avocat dans ses fonctions. C’est cet administrateur qui est tenu à l’obligation de restitution. Si vous ne connaissez pas son identité, le bâtonnier de l’ordre vous l’indiquera.

En cas d’avocat injoignable ou de cabinet fermé : saisissez directement le bâtonnier sans passer par la mise en demeure préalable, en précisant l’urgence et l’impossibilité de joindre l’avocat.

Ce que risque l’avocat qui refuse

Les sanctions disciplinaires

Le refus de restitution est une faute déontologique caractérisée, exposant l’avocat à l’échelle complète des sanctions de l’article 184 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 : avertissement, blâme, interdiction temporaire d’exercice (jusqu’à trois ans avec ou sans sursis), radiation.

La Cour de cassation a approuvé le blâme pour refus délibéré malgré l’injonction du bâtonnier (Cass. civ. 1re, 22 sept. 2011, n° 10-21.378), confirmé la sanction pour refus persistant pendant de nombreux mois avec manquement aux principes essentiels de délicatesse, de confraternité et de diligence au sens de l’article 1.3 du RIN et de l’article 3 du décret n° 2023-552 (Cass. civ. 1re, 3 juin 2015, n° 14-16.426), et jugé que la subordination implicite de la remise au paiement des honoraires constitue une faute déontologique au regard de l’article 9.2 du RIN, quand bien même les pièces ont finalement été transmises sans préjudice (Cass. civ. 1re, 5 juill. 2017, n° 16-21.768).

Le conseil de discipline de l’Ordre de Paris a prononcé des interdictions temporaires d’exercice lorsque le refus s’accompagnait d’un refus de déférer aux convocations de la commission de déontologie (AD n° 285483, 19 déc. 2017 ; AD n° 298293, 9 mai 2018), et des radiations pour manquements multiples, répétés et persistants (AD n° 267419 et n° 271203).

Le « chantage » aux honoraires : la pratique la plus fréquente et ses limites

Soyons francs : c’est le scénario le plus courant. L’avocat dessaisi retient le dossier comme moyen de pression. La jurisprudence est sans ambiguïté : cette pratique est interdite, quelles que soient les sommes en jeu. L’avocat impayé dispose de son recours — la procédure de taxation des honoraires devant le bâtonnier aux articles 174 et suivants du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 — mais il ne peut pas se faire justice lui-même en retenant les pièces.

L’exception que peu d’avocats connaissent : le droit de rétention sur honoraires tarifés. Depuis le décret n° 2017-862 du 9 mai 2017, l’article R. 444-15 du Code de commerce accorde aux avocats un droit de rétention — légalement reconnu, celui-là — pour garantir le paiement de leurs droits et émoluments en matière tarifée : saisie immobilière, partage, licitation et sûretés judiciaires. Ce droit est toutefois tempéré par l’article R. 444-75 du même code, qui prévoit que le bâtonnier peut ordonner la communication provisoire des pièces à tout officier public ou ministériel mandataire de la partie lorsqu’un intérêt légitime le justifie. En dehors de ces matières tarifées, l’interdiction absolue du droit de rétention demeure.

Mon avis de praticien. La règle générale crée une asymétrie réelle au détriment de l’avocat. Celui-ci a travaillé, parfois pendant des mois, et se retrouve dessaisi sans garantie de paiement. L’introduction en 2017 d’un droit de rétention pour les honoraires tarifés montre que cette asymétrie n’est pas une fatalité juridique — c’est un choix de politique déontologique. En attendant une éventuelle extension, la seule protection efficace de l’avocat réside en amont : provisions régulières et facturation au fil de l’eau. Car une fois dessaisi, il devra engager une procédure de taxation qui peut se heurter à l’insolvabilité de l’ancien client — et dont les délais de prescription méritent d’être maîtrisés bien avant d’en arriver là.

Les questions fréquentes

Quel est le délai exact dont dispose l’avocat pour restituer ?

Les textes emploient la formule « sans délai » (art. 14 décret n° 2023-552 ; art. 9.2 RIN), sans fixer de nombre de jours. Quelques jours ouvrés sont raisonnables. Le conseil de discipline de Paris a sanctionné des avocats ayant mis plus de deux mois (AD n° 298666, 16 juill. 2019), plus de dix mois (CA Paris, 27 nov. 2002, n° 2002/12918), et jusqu’à plus d’un an (AD n° 97.4785 et autres, 29 juin 2004). Dans votre mise en demeure, fixez vous-même un délai de huit à quinze jours pour matérialiser la mauvaise foi.

L’avocat successeur peut-il refuser de prendre le dossier si je n’ai pas payé le précédent ?

Non, mais il doit s’efforcer de vous y inciter. Son obligation est de moyens, pas de résultat. La consignation du montant litigieux sur un compte bâtonnier séquestre est recommandée sans être obligatoire (avis n° 322096, 18 nov. 2020). Si la convention d’honoraires de l’ancien avocat prévoyait un honoraire de résultat, une clause de dessaisissement peut en conditionner le maintien — raison supplémentaire de ne pas laisser la situation traîner.

L’avocat peut-il me facturer les frais de transmission ?

Oui, dans certaines limites. Les frais postaux d’acheminement peuvent être pris en charge par le client. De même, lorsque le dossier est volumineux ou nécessite une gestion logistique particulière — originaux, supports physiques, envoi sécurisé longue distance — les frais de gestion administrative que cela entraîne pour le cabinet peuvent être facturés, à condition d’être prévus dans une convention d’honoraires acceptée par le client et de ne pas être facturés au taux horaire de l’avocat. En aucun cas ces frais ne peuvent être opposés comme condition à la remise : l’avocat transmet, puis facture.

L’obligation de restitution s’applique-t-elle en cas d’aide juridictionnelle ?

Oui. L’article 9.2 du RIN ne distingue pas selon le mode de rémunération. En cas de succession, l’avocat successeur ne peut réclamer des honoraires que si le client a expressément renoncé au bénéfice de l’AJ, après en avoir été informé des conséquences (art. 9.3 RIN al. 3 / art. 19 al. 3 décret n° 2023-552).

Puis-je saisir directement la juridiction disciplinaire ?

Non directement. La saisine du conseil de discipline reste principalement du ressort du bâtonnier et du procureur général. Si le bâtonnier n’entend pas engager de poursuites, vous pouvez toutefois saisir directement le procureur général de la cour d’appel ou la juridiction disciplinaire (décret n° 2022-965 du 30 juin 2022).

Mon avocat refuse de me remettre le jugement ou la copie exécutoire — puis-je l’obtenir autrement ?

Oui. Si votre avocat refuse ou tarde à vous remettre une décision de justice (jugement, arrêt, ordonnance), vous pouvez en demander une copie directement au greffe de la juridiction qui l’a rendue, sans passer par lui. La délivrance est gratuite (sauf au tribunal de commerce). Pour une copie exécutoire, seules les parties au procès peuvent en faire la demande, par courrier simple ou via le formulaire Cerfa n° 11808. Un guide pratique des démarches par juridiction est disponible ici. En cas de silence du greffe dans les deux mois, le président du tribunal peut être saisi par voie de requête. Cette voie directe ne dispense pas de l’obligation de l’avocat de vous restituer l’ensemble de votre dossier, mais elle vous permet de ne pas dépendre de lui pour les seules décisions de justice.

Puis-je obtenir des dommages et intérêts si le refus de restitution m’a causé un préjudice ?

Oui. Si le refus de restitution vous a fait perdre un délai procédural, manquer un recours ou subir un préjudice matériellement chiffrable, vous pouvez engager la responsabilité civile professionnelle de l’avocat devant le tribunal judiciaire. L’avocat est assuré en responsabilité civile professionnelle, et cette assurance peut couvrir le préjudice subi. Si vous disposez d’une assurance protection juridique, elle peut prendre en charge les frais d’une telle action, sous réserve des plafonds et exclusions de votre contrat. Le fondement est la faute dans l’exécution du mandat — obligation de diligence et de restitution. L’action se prescrit par cinq ans à compter du jour où vous avez eu connaissance du préjudice (art. 2224 C. civ.). Mais attention : cette voie est plus lourde que la saisine du bâtonnier. Elle suppose de démontrer un lien de causalité entre le refus de restitution et un dommage précis. Dans la grande majorité des cas, la saisine du bâtonnier suffit à obtenir la restitution bien avant que le préjudice ne se consolide.

Valentin Simonnet est avocat au Barreau de Paris. Il intervient en contentieux des affaires et en droit pénal des affaires.

1 réflexion sur “Mon avocat refuse de me rendre mon dossier, que faire ?”

  1. Bonjour,
    Merci Maitre pour les informations

    Quels sont les critères sur lesquels se base le bâtonnier pour décider de restituer un dossier clos dans son entièreté.
    Merci d’avance pour votre attention
    Jo J

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