Investissement déceptif : comment récupérer son argent ?

Vous avez réalisé un investissement immobilier locatif, souscrit un placement financier ou acquis un produit d’épargne sur les conseils d’un professionnel — conseiller en gestion de patrimoine, conseiller bancaire, promoteur immobilier ou courtier en assurance — et les résultats sont loin des promesses qui vous ont été faites ? Rendement locatif inférieur aux prévisions, défiscalisation impossible à obtenir, prêt in fine dont le remboursement s’avère impossible, assurance-vie au rendement insuffisant, prêt en devise étrangère dont les effets du taux de change n’ont jamais été expliqués : les situations d’investissement déceptif sont nombreuses et recouvrent des réalités très diverses.

Face à un placement décevant, la première réaction est souvent la résignation. Pourtant, la loi et la jurisprudence offrent des recours concrets pour obtenir réparation. Lorsqu’un professionnel manque à son obligation d’information, de conseil ou de mise en garde, sa responsabilité civile peut être engagée devant les tribunaux. Cela concerne aussi bien les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) que les établissements bancaires, les promoteurs immobiliers ayant commercialisé des programmes de défiscalisation immobilière (Pinel, Scellier, Duflot, Malraux, Censi-Bouvard), ou encore les compagnies d’assurance ayant proposé des produits inadaptés au profil de l’investisseur.

Agir en justice pour un investissement déceptif suppose néanmoins de maîtriser deux questions essentielles : celle du préjudice indemnisable — qui s’analyse en droit français comme une perte de chance — et celle de la prescription de l’action en responsabilité, dont le point de départ varie selon la nature de l’opération et le moment auquel le dommage s’est réellement révélé à l’investisseur. Ces deux notions sont au cœur du contentieux en matière d’investissement immobilier locatif avec défiscalisation, de crédit adossé à une assurance-vie, ou encore de prêt en devise étrangère.

Cet article fait le point sur les règles applicables et la jurisprudence récente de la Cour de cassation, afin de vous aider à évaluer vos chances d’action et à ne pas laisser votre droit à indemnisation se prescrire.

La prescription de l’action en responsabilité : 5 ans

L’action en responsabilité contre un professionnel de l’investissement se prescrit par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’agir (C. civ. art. 2224 ; C. com. art. L. 110-4).

Ce délai n’est pas toujours facile à calculer. Son point de départ dépend de la nature de l’investissement et du moment auquel le dommage s’est révélé à la victime. Il est donc essentiel de l’identifier précisément avant d’engager toute action, sous peine de se voir opposer une fin de non-recevoir.

Le préjudice indemnisable : la perte de chance

Lorsqu’un professionnel manque à son obligation d’information, de conseil ou de mise en garde, le préjudice subi par son client s’analyse en une perte de chance : chance de ne pas contracter du tout (Cass. 2e civ. 5-10-2023 n° 23-13.104 F-B : RJDA 1/24 n° 14), ou chance d’éviter la réalisation du risque contre lequel le professionnel aurait dû mettre en garde (Cass. com. 25-1-2023 n° 20-12.811 FS-B).

La perte de chance ne correspond pas à la totalité du préjudice financier subi. Elle s’apprécie en fonction de la probabilité que l’investisseur, correctement informé, aurait effectivement renoncé à l’opération. Cette nuance est déterminante pour évaluer l’indemnisation envisageable.

Le point de départ du délai de prescription

La jurisprudence retient que le délai de prescription court à compter de la réalisation du dommage, ou de sa révélation à la victime si celle-ci démontre qu’elle n’en avait pas eu connaissance antérieurement.

Cette règle, apparemment simple, donne lieu à une casuistique abondante selon le type d’investissement concerné.

Investissement immobilier locatif avec défiscalisation

Pour ce type d’opération, la manifestation du dommage ne peut résulter que de faits susceptibles de révéler à l’acquéreur l’impossibilité d’obtenir la rentabilité prévue lors de la conclusion du contrat (Cass. 3e civ. 26-10-2022 n° 21-19.898 FS-B et n° 21-19.900 FS-B).

Lorsque l’opération comportait un emprunt dont le remboursement du capital était différé à dix ans, la Cour de cassation a précisé que le point de départ de l’action en responsabilité est le jour où l’acquéreur a appris qu’il serait dans l’impossibilité de revendre le bien à un prix lui permettant de rembourser le capital emprunté (Cass. 3e civ. 1-2-2024 n° 22-13.446 B, X c/ Sté Crédit immobilier de France développement).

De même, pour un investissement locatif classique, le délai court à compter de la date à laquelle l’investisseur a eu connaissance d’une rentabilité inférieure à celle qui lui avait été promise (Cass. 2e civ. 5-10-2023 n° 23-13.104 F-B).

Contrat d’assurance-crédit inadapté

Lorsque l’assurance souscrite s’avère inadaptée aux besoins de l’emprunteur, le point de départ est fixé à la date du refus de l’assureur de prendre en charge le remboursement du prêt (Cass. 1re civ. 5-1-2022 n° 19-24.436 FS-B : RJDA 5/22 n° 300 ; Cass. com. 6-1-2021 n° 18-24.954 FS-P : RJDA 4/21 n° 280).

Prêt adossé à une assurance-vie au rendement insuffisant

Pour un prêt remboursable en une fois et adossé à un contrat d’assurance-vie dont le rendement se révèle insuffisant pour couvrir le capital dû, le délai court à compter de la date d’exigibilité du prêt (Cass. com. 24-3-2021 n° 19-20.697 F-D).

Prêt en devise étrangère remboursable en euros

Lorsque l’emprunteur a souscrit un prêt libellé en devise étrangère et remboursable en euros, la prescription commence à courir à la date à laquelle il a effectivement pris conscience des effets négatifs de la variation du taux de change sur ses obligations financières (Cass. 1re civ. 28-6-2023 n° 21-24.720 FS-B).

Ce qu’il faut retenir

La responsabilité des professionnels de l’investissement peut être engagée dès lors qu’un manquement à leurs obligations d’information, de conseil ou de mise en garde est établi. Encore faut-il agir à temps : le délai de cinq ans est d’application stricte, et son point de départ varie selon les circonstances propres à chaque situation.

Face à un investissement décevant, il est conseillé de consulter rapidement un avocat afin d’identifier le fait générateur du dommage, de dater précisément la révélation du préjudice, et de réunir les éléments de preuve nécessaires avant que la prescription ne soit acquise.

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